Pale Blue Dot : une histoire de Wikileaks

Pale Blue Dot : une histoire de Wikileaks

Résumé

« Saga haletante et ultra-documentée, Pale Blue Dot retrace l’affaire Wikileaks, le fameux site ayant divulgué des dossiers top secret américains. Joyeuse et grave, la création d’Étienne Gaudillère convoque l’actualité politique et culturelle de 2010, trente personnages et une multitude de lieux, au gré des mutations d’une scénographie impressionnante. Vidéos, musique en live et décor mobile nous transportent ainsi de Londres à Bagdad, à la vitesse vertigineuse d’informations qui fuitent. S’attachant à mêler grande Histoire et trajectoires intimes, la pièce décrypte d’autant mieux les enjeux géopolitiques de notre monde qu’elle colle à la réalité, bien plus édifiante que la fiction. » – Les 2 Scènes

 

Wikileaks : le média

Wikileaks est un média international créé par Julian Assange en 2006. Le site est particulièrement connu pour avoir mis en lumière diverses affaires douteuses de corruption, d’espionnage et autre action frauduleuse. Depuis sa création, ce sont plus de 10 millions de documents et analyses de leurs contenus qui ont été divulgués au grand public.

Wikileaks publie donc des documents auxquels les gouvernements et entreprises majeures internationales ne voudraient pas donner accès à monsieur et madame-tout-le-monde. C’est ainsi que des affaires telles que « Collateral Murder » sont mises en ligne. Cette bavure a été révélée par l’analyste et soldat Chelsea Manning, alors Bradley Manning, et fait l’objet, entre autres, du spectacle mis en scène par Étienne Gaudillère.

Pale Blue Dot débute en 2007 lors de la bavure en question, à Bagdad. Namur Noor-Eldeen, photographe reporter pour une agence britannique, d’origine irakienne, est abattu par erreur par des soldats américains, ayant confondus son appareil photo avec une arme. Un version raccourcie de cette vidéo est diffusé via Wikileaks en 2010 (avertissement : un extrait de cette vidéo est montré lors du spectacle, et peut heurter les âmes sensibles). Cette même année, et à la suite de cette révélation, Julian Assange, fondateur de l’organisation, tient ces propos lors d’une interview : « Les principes généraux sur lesquels notre travail s’appuie sont la protection de la liberté d’expression et de sa diffusion par les médias, l’amélioration de notre histoire commune et le droit de chaque personne de créer l’histoire. Nous dérivons ces principes de la Déclaration des droits de l’Homme. »

 

Étienne Gaudillère, première expérience en tant que metteur en scène

Étienne Gaudillère m’a donné l’impression d’être un grand curieux de la vie qui s’intéresse un peu à tout, et surtout, qui ne s’arrête que quand il est vraiment satisfait de son travail. Ce qui m’a beaucoup plu chez lui, c’est surtout le fait qu’il porte pas mal de casquettes. En effet, il est tout d’abord comédien, grâce à une formation de compagnonnage-théâtre à Lyon. Puis dramaturge et metteur en scène, depuis 2016 avec l’écriture et la création de Pale Blue Dot : Une histoire de Wikileaks. Et plus récemment il a également été co-réalisateur d’une installation artistique téléphonique, réalisée pour le Printemps des poètes et pour la Biennale d’art contemporain de Lyon, ainsi que le co-scénariste d’une web-série, A billion to one.

En parallèle de toutes ces activités, il continue d’être comédien. La preuve, il apparaît même dans sa propre pièce. J’étais d’ailleurs assez curieuse de savoir pourquoi avoir choisi cette histoire-ci en particulier, parmi tout ce que Wikileaks a permis de mettre en lumière depuis sa création. Et grâce à la rencontre organisée à l’issu de la pièce par Les 2 Scènes, j’ai pu avoir ma réponse. Tout au long de la pièce, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à l’histoire d’Edward Snowden, car la sienne et celle de Julian Assange m’ont paru très similaires. Alors oui, la pièce aurait pu se baser sur n’importe quel scandale Wikileaks, mais celui impliquant Bradley « Chelsea » Manning est davantage intrigant, car ce fut la première fuite d’informations classées à prendre une telle ampleur, et ce, grâce à l’internet. Les premières révélations du genre datent des années 1970 avec les Pentagon Papers et le Watergate. Mais celles-ci n’avaient pas internet comme ressource de premier choix. Depuis les années 2010, Wikileaks a bien grandi, et beaucoup suivent désormais leurs publications de très près. Alors qu’au moment de la sortie de la vidéo « Collateral Murder », assez peu de monde avait conscience de leur existence.

 

Christophe Raynaud de Lage

La Compagnie Y, représentatrice d’une génération

La « Compagnie Y » a été créée en 2015 par Étienne Gaudillère dans le but d’accompagner et d’appuyer sa création de Pale Blue Dot. Ce Y représente tout un tas de chose. C’est à la fois une référence à la génération Y, ces personnes nées entre 1980 et 1990, mais représente aussi pour les pythagoriciens la croisée des chemins. Pour les uns comme pour les autres, la Compagnie Y se veut proche de l’actualité, et rebondir sur les faits de société.

C’est ainsi que son premier projet, Pale Blue Dot, aborde l’un des sujets les plus fumants de notre ère : la guerre du numérique. Cette guerre invisible que nous subissons depuis déjà quelques années, sans nécessairement le réaliser. Celle-ci a été montée en 2016 et pourtant joué pour la première fois en 2018 seulement, lors du dernier Festival d’Avignon.

Son prochain spectacle sera monté en mai 2019, à Sète, et portera sur l’histoire du festival de Cannes. Bien que la pièce devait initialement retracer l’histoire du festival de sa création à aujourd’hui, elle s’arrêtera finalement en 1990, voire plus tôt si changement d’ici là. En effet, l’histoire politique du festival étant tellement complexe, il leur est difficile de tout incorporer, c’est pourquoi ils ont dû faire le choix de n’en couvrir qu’une partie. Avec un peu de chance, cela impliquera une suite pour plus tard. J’avoue que j’espérais voir apparaitre le #MeToo dans ce spectacle, mais cela ne sera chronologiquement pas faisable, ce qui est assez dommage selon moi. Mais comme l’a dit Étienne Gaudillère lors de la rencontre, « monter Wikileaks c’était presque facile en comparaison du projet Cannes ». J’ose à peine imaginer la quantité d’information qu’il doit être en train de brasser pour ses recherches…

 


 

On ne peut pas dire que les critiques qui ont résultées de la première de la pièce, au Festival d’Avignon cette année, furent des plus élogieuses. Bien au contraire. Si l’on en croit ces articles, le sujet était bien trouvé, très intéressant même, mais trop dense pour un théâtre qui paraissait trop amateur. Souhaitant ne rien laisser au hasard, Étienne Gaudillère aurait finalement poussé la mise en scène un peu trop loin, et fait l’erreur de tomber dans la lourdeur.

Certes, le spectacle est un peu long (2h20 tout de même), certes, la lumière est parfois un peu agressante envers le spectateur, et certes, la fumée sur le plateau n’est pas très bien contrôlée. Mais franchement, quelle importance vu l’ampleur de l’histoire racontée sur scène ? Il s’agit ici d’une pièce qui interroge la notion de vérité au travers de faits bel et bien réel, bien que théâtralisés afin de pouvoir être joué sur scène de la manière la plus cohérente possible. Cette histoire comporte tellement d’éléments, de personnages, et de rebondissements, qu’il relèverait presque de l’exploit d’avoir réussi à le traduire aussi clairement sur scène. Et ce, tout en faisant en sorte que le spectateur garde tout du long à l’esprit qu’il s’agit de l’histoire de notre société d’aujourd’hui, et que les personnages face à nous, représentent de vrais personnes Cela ne rend évidemment pas la vérité moins vrai.

La question a été posé au metteur en scène, de s’il considérait ou non sa pièce comme du théâtre documentaire. La réponse fut que d’une manière oui, puisqu’il s’agit en effet d’une pièce de théâtre qui documente le spectateur sur un fait d’actualité. À mon sens, on pourrait presque parler de « théâtre historique ». En littérature, le genre du roman historique se rapporte à toute fiction inspirée de faits réels ayant joué un rôle plus ou moins majeur dans l’Histoire. Ici, c’est la même chose. Peut-être est-il encore trop tôt pour parler d’Histoire, avec un grand « H », les faits datants d’il y a moins de 10 ans. Mais Wikileaks et les millions de documents diffusés ainsi que les débats provoqués par ceux-ci, ont sans aucun doute permis de décrire, sinon d’écrire, un nouveau chapitre à notre Histoire.

Je ne pourrais assez vous recommander d’aller voir cette pièce de vos propres yeux, ne serait-ce que pour en apprendre un peu plus sur ce qu’est Wikileaks, et prendre conscience de l’importance que ces lanceurs d’alertes constituent pour nous. Ou ne serait-ce même que pour la superbe scénographie lors des changements de plateau. Ceux-ci comportaient des tableaux magnifiques, et apportaient une vraie bouffée d’air frais et détendaient l’atmosphère quelques instants, ce qui n’était pas de refus au vue de la complexité du sujet. Alors si l’envie vous en prend, je vous invite à aller suivre la page Facebook de la compagnie, ou vous pourrez être tenu au courant de leur passage dans une salle proche de chez vous.

Culturellement,
Pauline.

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