Dans la tête d’un empereur

On se cherche des retraites à la campagne, sur les plages, dans les montagnes. Et toi-même, tu as coutume de désirer ardemment ces lieux d’isolement. Mais tout cela est de la plus vulgaire opinion, puisque tu peux, à l’heure que tu veux, te retirer en toi-même.

Livre IV – Pensée n°III

Le second confinement a été pour moi l’occasion de relire un ouvrage important pour moi, bien qu’il n’ait pas eu vocation à tomber entre mes mains à la base : Pensées pour moi-même de Marc Aurèle.

Marcus Aurelus – dit Marc Aurèle aujourd’hui – n’est pas un auteur contemporain mais fut Empereur de l’Empire Romain au IIème siècle. Il n’était pas du sang de ses prédécesseurs mais fut adopté par Antonin pour le devenir tant il était sage. Il s’était épris des écrits rapportés d’Épictète, le penseur majeur du stoïcisme, né un siècle avant le début du règne de Marc Aurèle et les appliquera à sa vie, refusant l’opulence et les flatteries inutiles que son enfance et son nouveau statut aient pu lui apporter.

Cette édition du livre se divise en 4 parties : une préface complète de 20 pages sur la vie de Marc Aurèle, la retranscription des 12 manuels des Pensées de Marc Aurèle, une courte préface de 2 pages sur Épictète et enfin la retranscription du Manuel d’Épictète.

Au cours de son existence bien remplie, Marc Aurèle utilisait ses notes comme un refuge mental pour réfléchir et essayer d’appliquer au mieux les valeurs du stoïcisme au sein de sa vie, bien qu’il soit Empereur de l’Empire le plus puissant au monde à cette époque, et donc tout ce que cela pouvait avoir comme conséquences sur sa vie. 
Il écrivait dans ses carnets de notes les pensées qu’il ruminait dans sa vie, des observations, des reproches qu’il se faisait ou encore des « défis » et des conseils qu’il se donnait. 

C’est un livre rempli de ce que l’on pourrait appeler du bon sens que l’on retrouve dans des observations sur nos existences, qui peuvent parfois tomber sous le sens, mais que l’on peut oublier aisément oublier au cours de nos vies, et peut constituer une des meilleures façons d’aborder concrètement le stoïcisme. 

Ce livre reflète alors ce qu’était Marc Aurèle au plus profond de lui, ses doutes, ses pensées, ses combats intérieurs et ses ressentis. C’est un livre fondamentalement doux et humain, écrit tout au long de sa vie, en campagne en Europe comme à Rome dans son palais impérial. Avoir accès aux pensées de l’homme que l’on a décrit comme l’Homme le plus Sage de son siècle, qui plus est un Empereur, est une chose impensable mais bien possible.

Il est à noter que sur la quatrième de couverture de cette édition, il est simplement écrit une citation du philosophe des Lumières, Montesquieu, visiblement touché, même plus de 1 500 ans plus tard, par ce que fut Marc Aurèle :

On sent en soi-même un plaisir secret lorsqu’on parle de cet empereur ; on ne peut lire sa vie sans une espèce d’attendrissement ; tel est l’effet qu’elle produit qu’on a meilleure opinion de soi-même, parce qu’on a une meilleure opinion des hommes.

Cette œuvre n’est pas de celles que l’on lit d’un trait comme un roman, certes, chacun peut avoir sa manière de l’aborder, mais c’est dans la répétition et la digestion des pensées de Marc Aurèle que l’on peut en tirer le maximum de choses. Lire une pensée chaque jour, relire plusieurs fois la même pensée, en discuter avec ses proches, relire l’ouvrage tous les ans, etc. sont autant de manières d’aborder ce type d’ouvrage que l’on pourrait comparer à un assemblage d’aphorismes. On pourrait aussi ouvrir le livre à n’importe quelle page, y lire une pensée au hasard et en tirer quelque chose.
Mais, je maintiens que le lire comme un livre de motivation et de remise en question tel que l’on peut le voir décrit par des coachs en développement personnels actuellement, est une erreur et fait passer à côté de tout ce que l’on peut tirer de bon de cet ouvrage.

C’est donc très chaleureusement que je vous recommande cette œuvre, afin de pouvoir entrer dans la tête et dans le cœur de l’Homme le plus Sage du IIème siècle et faire entrer un peu de douceur dans nos vies si froides actuellement.
Si vous souhaitez vous le procurer, je conseille vivement cette édition Flammarion, la préface et la traduction sont excellentes, ce qui n’est pas le cas de toutes les éditions .

Culturellement,
Romain

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