Mieux qu’une cape d’invisibilité ?

Mieux qu’une cape d’invisibilité ?

Si je vous parle d’homme invisible, à quoi pensez-vous en premier ? Au tableau du célèbre peintre Salvador Dalí; l’histoire courte de la série de bandes dessinées Spirou et Fantasio; le film du réalisateur américain John Carpenter; ou bien à l’oeuvre du 19ème siècle de l’auteur britannique Herbert George Wells ? Pour n’en citer que quelques représentations bien sûr. Comme vous l’aurez compris, le personnage d’un homme invisible a connu de nombreuses apparitions au sein de la culture populaire, principalement au cours du 20ème siècle. Mais la première reste malgré tout le roman de l’auteur de science fiction, H.G. Wells.

H.G. Wells a été l’un des premiers à nous montrer que « la science-fiction pouvait servir à faire une extrapolation du présent », pour nous donner une idée de ce à quoi notre futur pourrait bien ressembler, après l’essor inévitable des nouvelles technologies. En les poussant bien évidemment à l’extrême. Il est d’ailleurs pour cela considérait comme le père fondateur de la science-fiction contemporaine. Il basait ses histoires sur des inventions qu’il savait impossible, mais suffisamment plausibles au vue de la rapidité des avancées technologiques de l’époque. Ainsi, il était plus facile pour le lecteur d’imaginer un futur avec de telles innovations. D’autant plus que l’objectif principal de Wells dans ses récits n’était pas tant de montrer tout ce que l’homme était capable de créer, mais plutôt comment il était en mesure de se détruire par souci de toujours plus innover.

Par le biais de la science-fiction, Wells espérait qu’un maximum de monde prenne conscience des inégalités qui érigeait alors, et peut-être même aujourd’hui encore, la société. En effet, dans La machine à remonter le temps, publié en 1895, Wells dépeint une société qui a entièrement dépéri. Mais pour cela, et comme pour chacun de ses ouvrages, il n’utilise pas de métaphores trop directes de peur de voir son oeuvre rejetée. Car il est bien connu que l’être humain a quelques difficultés à entendre la vérité, d’autant plus si celle-ci le remet en question. Ainsi dans cette oeuvre, l’auteur remplace la classe aisée par les « aloï », et la classe ouvrière par les « morlocks ». Tandis que les premiers vivent bêtement sur terre, et savent à peine communiquer, les seconds sont reclus dans des grottes et ne sortent que la nuit, essentiellement pour se nourrir et terroriser les aloï. Le fait de présenter une société aussi sommaire et misérable permet au protagoniste, lorsqu’il revient de son long voyage, de mettre en garde ses pairs. La question préférée de Wells restant : que se passerait-il si nous étions capable de tout créer ? Pour lui, et pour beaucoup d’autres qui auront suivis ses pas par la suite, la science fiction ne consiste pas uniquement à présenter une histoire aux technologies incroyables, mais bel et bien de les utiliser afin de faire écho entre une société actuelle et une éventualité de cette même civilisation.

Dans le cas que L’homme invisible, nous suivons un scientifique nommé Griffin qui après avoir obsédé pendant des années autour d’une idée, parvient enfin à la mettre à exécution. Tout d’abord en rendant un chat translucide, puis lui-même, il finira rapidement par se rendre compte de son erreur. En effet, lui qui souhaitait échapper à la société, et vivre impunément sous sa couverture d’invisibilité, a finalement besoin de l’aide d’autrui. Un comble pour ce paria qui avait passé tant d’années à chercher à le devenir. Sa particularité lui aura posé bien plus de soucis qu’il n’aurait pu l’imaginer.

En premier lieu, il a effectué sa transformation en plein hiver, et sa seule manière d’être parfaitement invisible est d’être entièrement nu… Vous voyez où je veux en venir ? Oui, il avait froid, très froid. D’autre part, toujours en rapport avec le temps, la neige ne le laissait pas passer si inaperçu que cela, puisque ses empruntes étaient quant à elles bien visibles. Et enfin, son appareil digestif n’était pas transparent — autrement dit dès qu’il mangeait ou été en train de digérer quelque chose, il valait mieux qu’il se cache pendant quelques heures au risque de se faire repérer. Oh, et aussi, les chiens le sentaient. Pas une invisibilité des plus parfaites donc.

C’est pourquoi il a dû avoir recours à différents stratagèmes afin de contrer ces  quelques inconvénients. Certains furent d’ailleurs assez contradictoires, puisqu’ils consistaient à le rendre visible… Le premier aurait pu fonctionner, si ce n’est pour la curiosité de Madame Hall, la gérante de l’auberge dans laquelle il avait trouvé refuge. Il avait réussi à se procurer un costume, un chapeau et des lunettes qui recouvraient la majorité de son corps, pour le reste il s’enveloppait dans des bandages, prétendant un malheureux accident. Seulement, ce déguisement mêlée à l’indiscrétion de Madame Hall et du reste de la ville, ainsi qu’au caractère ingrat du scientifique, ne dura pas éternellement. Ses ressources se limitant de plus en plus, Griffin finit ainsi par enfreindre une quantité de lois, y compris les siennes. Lui qui espérait ne jamais plus avoir à recourir à l’aide des autres, réalisa que seul, il ne pourrait jamais parvenir à ses fins. C’est là que réside toute la morale de l’histoire : s’isoler par désir de gloire personnelle ne rime à rien, car seul on ne peut aller bien loin. Cela me rappelle d’ailleurs une citation que j’ai entendu dans un spectacle il y a un ou deux ans : « Seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin. », je trouve qu’elle s’applique tout particulièrement à cet ouvrage.

Culturellement,
Pauline.

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