#iaMBAAck

Toutes les photographies présentes dans cet article dont le nom de l’auteur n’est pas précisé ont été prises par mes soins. Merci donc de les créditer si jamais vous veniez à les utiliser.

 

Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie

Il y a dans le monde une grande quantité de Musées des Beaux-Arts, mais la France reste le pays qui en compte le plus, avec plus de 80 d’entre eux. Et pourtant seulement cinq ajoutent l’archéologie à leur arsenal de collections (ceux de Châlons-en-Champagne, Roanne, Valence, Vienne, et bien entendu, Besançon).

Le Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie (MBAA) de Besançon est d’ailleurs l’un des plus anciens musée de France. Sa collection a en effet débuté dès la fin du XVIIème siècle avec un leg de Jean-Baptiste Boisot, abbé de Saint-Vincent, qu’il fait à la ville. Ces oeuvres seront alors effectivement exposées et visibles librement par le public pendant plusieurs années, jusqu’à ce qu’en 1843 on y dédit un lieu vraiment spécifique, et que d’autres oeuvres d’arts les y rejoignent. On peut alors commencer à parler de musée, presque tel qu’on les connaît aujourd’hui. Ce n’est que six ans plus tard que la partie archéologie du musée est créée. À mesure que les collections s’accumulent, le manque de place se fait ressentir, et il faut alors créer un nouvel espace dédié qui sera conçu par l’architecte Louis Miquel, à qui l’on doit la structure en béton du MBAA. Malheureusement cet édifice premièrement conçu dans les années 1970 a eu besoin qu’un petit coup de renouveau ces dernières années, ce qui lui a valu quatre années de fermeture pour travaux de rénovation.

 

Des travaux, mais pour quoi faire ?
Photographie de Thierry Saillard

Selon le dossier de presse que le musée a mis à disposition en 2015 lors du début des travaux : « La rénovation consiste à améliorer les conditions de présentation et de conservation des oeuvres, à améliorer l’accueil des publics et à mettre aux normes le bâtiment afin de repositionner la structure comme un acteur central de la vie culturelle et éducative au niveau régional et local, et à renforcer sa notoriété au niveau national et international. » Les premières discussions concernant la rénovation du MBAA eurent lieu en 2004 et n’abordaient alors qu’une partie du musée. Le temps de tout mettre en place, les travaux ont finalement eu lieu entre la fermeture du lieu au public en avril 2014 jusqu’à sa toute récente réouverture, le 16 novembre 2018. La nouvelle architecture du lieu fut confiée à Adelfo Scaranello. Ce fut un processus long et fastidieux mais qui en aura valu la peine. La capacité d’accueil a désormais augmenté de 200 personnes, et les normes concernant la sécurité incendie et l’accessibilité au public à déficience visuelle, auditive ou mobile ont été remises à jour. De plus, l’un des éléments clés de cette rénovation concernait la luminosité du lieu. Désormais le musée puise un maximum de sa lumière grâce à diverses verrières disposées sur les toits, permettant un éclairage le plus naturel possible. Comme l’explique l’architecte, Adelfo Scaranello, autant que le conservateur du musée, Nicolas Surlapierre, l’objectif principal de cette rénovation était de maximiser l’entrée de la « lumière zénithale » dans le lieu. Le MBAA de Besançon a également agrandie sa surface avec environ 1000 mètres carrés supplémentaires, permettant ainsi de sortir certaines collections des archives et d’exposer davantage d’oeuvres au public. Les travaux ont finalement permis de mettre à jour le parcours suivi par les visiteurs : ainsi plus de cloisons entre les salles mais plutôt un seul et grand espace dans lequel on peut se balader librement, et prendre plaisir à se perdre. Mais je vous parlerai de tout cela un peu plus bas dans l’article, lorsque je vous parlerai de ma propre visite du musée lors du week-end d’inauguration.

 

Le MBAA se met au rap

À l’instar de Beyoncé et Jay-Z qui avaient privatisé il y a quelques temps le musée du Louvre pour le tournage du clip d’un de leur morceau, c’est au tour du collectif rap Grand Singe de prendre en otage le Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon pour une petite avant-première des rénovations effectuées. Pour ceux qui ne les connaissent pas, Grand Singe est composée de Miqi O, Zo et Boucherie Chevaline, trois rappeurs bisontins. Si vous avez assisté à la programmation du vendredi 28 septembre du festival Détonation à Besançon, alors vous les avez sûrement déjà entendu, et surtout remarqués en raison de leurs masques à têtes de singe aux formes géométriques. Si vous n’avez pas encore eu l’occasion de vous rendre au MBAA, je vous laisse donc avec cet aperçu que nous offre le collectif Grand Singe.

 

Une première inauguration présidentielle
Photographie de Franck Hakmoun

Pour l’occasion le Président de la République, Emmanuel Macron, a fait le déplacement et les honneurs en coupant le ruban tricolore. Ce déplacement a d’ailleurs fait pas mal de remue ménage auprès des bisontins. Une majeure partie de la communauté bisontine fut mise à l’écart de cette inauguration élitiste, et surtout politique. En effet, une très large partie du centre-ville a été bloqué pour l’occasion et il était relativement difficile d’y circuler. Pour le petit millier de personnes qui attendaient l’arrivée du Président derrière des barrières de protection, ils n’ont malheureusement pu assister à son discours que via un écran de retransmission à l’extérieur du chapiteau dans lequel celui-ci avait lieu. Seuls quelques privilégiés eurent droit à un serrage de main, pour les autres, qui ont parfois attendus près de 4h pour apercevoir Monsieur Macron, ce fut un simple geste la main depuis son véhicule quittant la place de la Révolution.

 

Tout un week-end pour célébrer la réouverture du MBAA

Les membres du Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie n’ont pas fait les choses à moitié quant à l’organisation de leur week-end de réouverture. En effet, le programme était plutôt chargé, mais efficace puisque comme ils l’ont communiqué à l’issu du week-end sur leur page Facebook, plus de 11 000 visiteurs ont été comptabilisés sur les trois jours. Alors que l’inauguration « officielle » par le chef d’État a eu lieu plus tôt dans la journée du vendredi 16 novembre comme mentionné précédemment, l’ouverture au public ne s’est faite quant à elle qu’à 19h. Pour ceux qui ont ainsi réussi à mettre les pieds au musée ce soir-là, ce fut donc une visite nocturne ! De quoi vous donner des frissons si on s’imagine les oeuvres prenant vie comme dans le film … Je dis « pour ceux qui ont réussi » car en effet, la file d’attente était longue. Très. Très longue. Je suis arrivée un peu avant 19h, espérant faire partie des premières à entrer dans ce MBAA 2.0., malheureusement l’attente était déjà de près d’une heure et demi… J’ai donc patienté jusqu’à ce que le concert prévu sous chapiteau place de la Révolution (juste en face du musée) ne débute. J’ai trouvé l’idée assez ingénieuse de mêler concert et inauguration de musée dans une même soirée car cela a permis un joli mélange de générations au sein du public, autant pour l’un que pour l’autre évènement. Seul petit bémol que je reprocherai à cette initiative : le fait que les deux aient eu lieu exactement au même moment. On ne pouvait ainsi pas visiter le musée et profiter du concert, il fallait faire un choix. Au vu de l’attente pour rentrer dans le MBAA j’ai préféré assister au double concert co-organisé par La Rodia, SMAC de Besançon, et retourner au musée le lendemain.

 

 

Voilà de quoi vous donner une petite idée de la taille de la file d’attente et des conditions dans lesquelles cela a eu lieu : oui à Besançon, il fait froid, mais ça on n’y peut pas grand chose mise à part se couvrir. Croyez-moi la file était bien plus impressionnante en vrai, et devait en réalité faire facilement 2 à 3 fois la longueur de ce que vous voyez là. Petite attention sympathique de la part du musée pour les futurs visiteurs ceci dit : quelques unes des oeuvres étaient mises à l’honneur, projetées sur un pan de mur avec à côté un membre du musée (j’imagine ?) tentant de reproduire la pose de la sculpture ou de l’oeuvre en question.

Je vous disais donc un peu plus tôt que concernant le vendredi soir, jour de réouverture du musée, je n’avais pas pu y entrer. J’ai ceci dit ainsi pu profiter du concert sous chapiteau. J’y ai découvert deux artistes, de styles assez différents, mais que j’ai plutôt appréciés. Pour vous donner une idée, j’écoute le premier en boucle en musique de fond pour écrire cet article. Ce premier artiste c’est le Chapelier Fou, que vous pouvez écouter librement sur Spotify juste ici. Chapelier Fou est un multi-instrumentaliste dont les morceaux ne comportent pas ou peu de paroles. Bien qu’il s’agisse d’un artiste solo il était pour certains morceaux accompagné de deux autres musiciens lors de le prestation à laquelle j’ai pu assister.

 

 

La deuxième prestation fut celle d’une DJ (et productrice) nommée La Fraîcheur. Elle a effectivement apportée une bouffée d’air frais dans la salle après les musiques un peu plus reposantes du Chapelier Fou. Cette fois, c’était vraiment de la musique faite pour se défouler, et le public ne s’en est pas privé un seul instant, bien au contraire. Souvent qualifiée d’hyperactive dans les articles qui parlent d’elle, sa prestation n’a pas démenti cet adjectif. Pleine d’énergie, elle a su  transmettre à son public (bien moins hétérogène que pour l’artiste précédent) cette envie de se défouler et de passer une bonne soirée.

 

 

Et enfin, la visite …

Oui parce-que soyons honnêtes à la base c’est de cela que vous vouliez entendre parler, non ? En tout cas moi c’est vraiment là dessus que j’avais envie de déblatérer à la base, mais je n’ai pas pu m’empêcher d’aller mettre mon petit grain de sel sur les autres sujets annexes, oups. Comme je vous le disais un peu plus tôt, il est vrai que la co-habitation du concert et de l’inauguration du MBAA était pour moi une fausse bonne idée. Alors qu’on aurait pu profiter d’une longue soirée musicale et muséale (oui ceci est un mot désormais), on était mis de force face à un dilemme. Mais finalement, j’ai pu profiter pleinement des deux, alors je ne vais pas m’en plaindre plus longtemps – je tenais cependant à souligner ce point. En effet, je suis retournée au Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie le lendemain, samedi 17 novembre, sur les heures du midi. Et ça, mes amis, fut la meilleure idée qu’on ait eu de la journée ! En arrivant aux alentours de 12h30, il n’y avait pas de fil d’attente et assez peu de monde dans l’enceinte du musée ce qui nous a permis de déambuler librement sans avoir à se faire bousculer à l’entrée de chaque salle. Ceci-dit, en sortant près de 3h plus tard une bonne trentaine de personnes, si ce n’est plus, attendez leur tour pour pouvoir franchir les portes du musée. On était donc plutôt content de notre choix niveau horaire !

Concernant les nouveautés du musée, n’étant bisontine que depuis tout juste deux mois et demi et les travaux s’étant étalés sur quatre années, je n’ai pas connu l’ancienne version de celui-ci. Mais je peux malgré tout vous parler de sa version 2.0. ! M’étant renseigné autant que possible via le site du MBAA et autres articles trainant sur l’internet, j’ai pu comprendre que la structure principale composée de béton brut avait été réalisée par Louis Miquel dans les années 1970, et qu’aucun gros chantier n’avait pris place depuis. Je pense avoir reconnu cette partie de la structure au sein du musée, car en effet une majeure partie de celle-ci a été conservée, par endroit certainement rénovée, mais de manière générale elle semble toujours constituer l’essentiel du bâtiment.

La disposition des oeuvres m’a légèrement prise de court par moment, car elles sont souvent dans des endroits dans lesquels on ne les attends pas. Je vous rassure elles ne vont pas non plus être cachées dans les toilettes ou sous une chaise. Mais elles se trouvent parfois sur un mur se trouvant entre deux salles aux thèmes différents, donc un mur qui pourrait servir de transition, de coupure entre les deux, et pourtant non, il y a bel et bien à cet endroit une ou plusieurs oeuvres. J’ai trouvé ça vraiment ingénieux de leur part car cela permet au visiteur de ne jamais perdre le fil, il y aura toujours un fil conducteur le menant d’une salle à l’autre, d’un mouvement ou d’une époque, à une autre. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié la chronologie selon laquelle les oeuvres sont disposées dans le musée. Le parcours proposé (presque imposé) au visiteur permet de passer de mouvement en mouvement, et ce de manière chronologique. Et pour moi qui personnellement ait souvent du mal à intégrer tel ou tel artiste dans telle ou telle époque, ça m’a permis de mieux comprendre tout cela, et avec un peu de chance grâce à cela dans le futur je ferai moins d’erreur sur le sujet. Toujours concernant le parcours, celui-ci est « imposé » au visiteur, mais il y a évidemment toujours moyen de le contourner. Il n’y a pas un sens précis de visite que l’on doit suivre absolument, simplement une indication, une invitation à suivre ce chemin plutôt qu’un autre. De plus, l’absence de cloisons et la présence d’oeuvres dans les couloirs et escaliers nous permet souvent d’apercevoir au loin quelque chose qui va attirer notre oeil et donner envie d’aller d’abord dans cette direction plutôt que dans celle choisie initialement. Grâce à cette disposition, on a toujours quelque chose à regarder, à découvrir, et devant lequel s’émerveiller. Pour mon cas l’oeuvre devant laquelle j’aurai pu passer des heures se trouve justement dans un de ces lieu de passage / transition. Il s’agit du tableau Les Enfers peint en 1622 par François de Nomé. Comme l’indique son titre, il s’agit d’une scène représentant les enfers, avec des zones incendiées – seules sources de lumières pour le dernier plan du tableau. Il y a une telle histoire, et une telle intensité qui se dégage de ce tableau, que j’en ai des difficultés à arrêter d’y penser depuis.

 

 

En bref, cette première visite du Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon rénové, fut pour moi une superbe expérience, et j’ai déjà hâte d’y retourner. Bien que la visite nous ai pris près de 3h, on aurait pu y passer bien plus de temps mais je vais vous faire une petite confession … Il y a des salles qu’on a sauté. Oui, j’ai honte, mais j’ai une bonne explication. La partie qu’on a presque traversée en courant pour l’éviter, c’est la première, soit la partie d’artéfacts datant de la préhistoire. Étant originaire de Dordogne, croyez-moi les silex on connaît, presque un peu trop d’ailleurs. Chez nous il y en a partout, et depuis qu’on est tout petit on ne nous parle que de ça, et dans chaque musée du département voire même de toute la région, il y en a des tonnes et des tonnes. Alors comme on était venu pour découvrir autre chose, on a zappé cette section. Voilà c’était la partie confession intime de l’article, je vous laisse désormais avec quelques images supplémentaires du musée !

 

Séramon, momie âgée de 3000 ans a enfin fait son grand retour au MBAA, et comme beaucoup j’avais vraiment hâte de la découvrir. Les trois sarcophages exposés sont splendides, malheureusement Séramon reste caché, dans celui du centre qui est à peine entre-ouvert ne nous permettant pas de l’admirer autant qu’on le souhaiterait.

 

 

 

Deuxième oeuvre dont je ne pouvais pas ne pas vous parler, c’est « Le Triomphe de Neptune ». Il s’agit ici d’une mosaïque dont les images ne lui rendent en aucun cas justice. Les détails, et la minutie du travail demandé à sa réalisation et sa restauration sont impressionnants. Il y a d’ailleurs juste à côté de l’oeuvre un petit écran présentant une vidéo explicative sur le processus de rénovation qui a été effectué sur la mosaïque lors de la fermeture du musée. Et je n’ai que du respect pour les personnes qui ont réalisé ce chantier des plus fabuleux.

 

 

 

 

Culturellement,
Pauline.

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